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Prévention
Homosexualité et prises de risques : le sujet divisé Dix choses à savoir sur les trans’ et le VIH
Vienne 2010 : Dépistage,
de petites évolutions qui font une grande différence
par  la rédaction, le mardi 31 août 2010, vu 118 fois
Tags : - VIH - Prévention - Dépistage

La 18ème conférence mondiale de lutte contre le sida, qui s’est déroulé en juillet à Vienne, n’a pas révélé d’évolutions majeures dans le dépistage du VIH. En revanche on a pu remarquer que le modèle du VCT (test et conseil volontaire), qui domine actuellement, est aujourd’hui adapté par petites touches pour mieux correspondre aux besoins des personnes. Notons aussi que ces évolutions viennent principalement des pays du Sud et notamment d’Afrique. Brève revue de ces expériences ou enseignements à qui voudra les entendre.

Tout d’abord, notons le développement des Checkpoints dans les grands centres urbains du monde entier. Il s’agit de ces centres de dépistage pour les gays avec une offre de santé de plus en plus élargie et tendant vers une offre de type « clinique » ou « dispensaire » spécialisé. En effet, ces centres de dépistage se multiplient sur la base d’un modèle assez semblable (Australie, France, Espagne, Etats Unis, Pérou, Afrique du Sud, etc.) et diversifient dans le même temps leur offre de santé : dépistages IST et hépatites, vaccination, consultation psy, suivi VIH, etc. Les exemples locaux pour nous sont ceux de Genève et de Zurich qui suivent la même logique, ainsi que le développement d’un centre sur le canton de Vaud et une extension de l’offre. On note des taux de prévalence dans ces centres plus élevés que dans les centres de dépistages non spécialisés. Ils ont aussi l’intérêt de concevoir une offre de santé élargie.

D’autres adaptations de l’offre de dépistage permettent cette augmentation du taux de tests positifs détectés. Ces adaptations reposent sur divers principes comme par exemple s’adapter aux conditions de vie des personnes ou intégrer leurs contraintes face à l’accès au dépistage. Des expérimentations de dépistage en porte à porte comme c’est le cas au Kenya dans des villages reculés, ou à Harlem par quartier, ont permis de lever le frein du recours au dépistage pour les personnes trop éloignées d’un centre qui le propose. Ce système permet aussi de dépister plus précocement et donc d’être plus efficace. D’autres expériences ont été conduites pour rapprocher le dépistage des personnes, comme c’est le cas pour les gays, en augmentant la communication sur internet par exemple. Dans ce sens-là, une recherche a été réalisée au Pays-Bas sur la faisabilité d’indiquer des cliniques de dépistage VIH et IST sur un site web, et de recevoir en ligne par la suite les résultats des tests effectués. Cela a montré qu’il était possible d’atteindre des hommes qui ne se faisaient pas tester, sans qu’il ne soit noté de « perdus de vue » pour ce qui concerne le suivi médical post test positif.

A côté d’un dépistage très spécialisé, il existe les expériences de test les plus larges et les plus « systématiques » possibles. En d’autres termes, comment faire en sorte que chacun dans la population ait accès au dépistage du VIH et se teste. Pour cela on peut remarquer deux approches. La première se base sur de larges campagnes de promotion du dépistage avec la proposition sur place du test, un peu à la manière du bus itinérant du don du sang, notamment .... L’autre approche est basée sur la proposition du test à des moments clés dans la vie des personnes dans leur parcours de santé. On connait par exemple le test proposé aux femmes enceintes, la Tanzanie propose le test à chaque homme qui va se faire circoncire. Cette expérience tanzanienne est aussi basée sur la méthode « opt out », à savoir le test est inclus lorsque la personne se présente pour une circoncision sauf si elle le refuse. Quelle que soit l’approche, ce développement du dépistage semble contribuer à sa normalisation et à son accessibilité. Troisième volet du « dépistage 2.0 », la dimension communautaire du dépistage. Il émerge de cette 18ème conférence, en marge des évolutions décrites plus haut, la place que prennent les connaissances profanes sur le dépistage et ses implications sur le dépistage de demain. Un exemple, la démédicalisation du dépistage. En effet l’expérience de l’association AIDES en France montre la faisabilité ainsi que l’intérêt d’une démédicalisation du VCT. Autrement dit le test peut être réalisé par du personnel non médical, voir même des bénévoles d’association, formés à la manipulation des tests. Au point que cette démédicalisation commence déjà à faire école, un projet se monte au Maroc avec l’ALCS, principale association de lutte contre le sida du pays qui assure la quasi-totalité du dépistage au Maroc. L’ALCS a accumulé une expérience importante sur le dépistage notamment au travers de l’utilisation des tests rapides comme ceux pratiqués dans leurs centres ou lors de dépistages mobiles y compris sur les lieux de rencontres homosexuels. Autre voie d’avenir, celle de l’autotest ou encore test à réaliser soi-même à la maison. Là encore, le Kenya s’est fait remarquer en présentant une étude où le test a été mis à disposition de personnels médicaux, formés à l’utilisation du test, pour qu’il l’utilise de manière autonome chez eux. Conclusion de l’étude, la demande peut être élevée pour ce type de test et à plus large échelle. Cette expérience a été menée avec un test de dépistage salivaire, et d’autres utilisations de celui-ci commencent à montrer de nouvelles manières de faire le test et surtout de le rendre plus accessible !

Espérons, toutefois, que ces expériences ne restent pas vaines et puissent favoriser le développement de nouvelles pratiques de dépistage, toujours plus réalistes par rapport aux contextes de vie des personnes les plus vulnérables face à l’épidémie, aussi bien au Sud qu’au Nord. Des projets, notamment européens, tels qu’un guide de bonnes pratiques en matière de dépistage communautaire, sont la preuve qu’il est possible de s’appuyer sur le partage d’expériences pour avancer dans ce domaine.

Source : Sabrina Roduit, Nicolas Charpentier pour Fil Rouge - Groupe Sida Genève